🌧️ Mes bottes ne sont plus étanches (et mes pieds sont palmés)
Par un pilote de drone breton, trempé mais déterminé.
Petits points sur l’influence de la météo sur nos activités (et celles de nos clients).
À ce stade, ce n’est plus de la pluie. C’est une collaboration longue durée, voire un CDI — Couvert, Dépressions, Intempéries.
Mes bottes prennent l’eau. Moi, non. J’ai toujours au moins deux paires de chaussettes de rechange, un pantalon de secours. Mes pieds envisagent sérieusement une évolution vers la nage synchronisée.
Et pourtant… je suis Breton.
Autant dire que la pluie, je connais.
Le Glav : une langue à part entière
En Bretagne, on ne parle pas de la pluie. On parle des pluies.
Le Glav (attention, on prononce souvent le V comme un O en fin de mot). Comme un Inuit qui a des dizaines de nuances de blanc, nous, on a des dizaines de nuances de pluie. Chacune à son nom : Glav’Mor, Glav’Bras, Boukailh, la pluie d’escargots, de grenouilles, la fine, l’oblique, la pluie qui mouille — et oui, car il existe aussi la pluie qui ne mouille pas (!).
Bref : je sais faire la différence entre un petit glav sympathique et bon pour le jardin… et un épisode capable de transformer un chantier en rizière expérimentale, où rien ne pousse.
La météo : la seule cheffe de chantier que personne ne recrute
On peut planifier, anticiper, coordonner. Mais la météo reste la seule cheffe de chantier que personne ne recrute — et qui s’impose quand même.
En conséquence directe sur nos chantiers :
– Terrains impraticables
– Coulages reportés
– Délais ajustés
– Séchages rallongés
Un chantier n’est pas figé. On doit sans cesse s’adapter.
Météo et drone : ce que le ciel décide vraiment
Derrière l’humour breton, il y a une réalité technique bien concrète. La météo n’est pas qu’une contrainte de confort pour le pilote — c’est un paramètre de sécurité et de qualité qui conditionne chaque mission.
Une mission peut être reportée à cause de l’influence de la météo. On pense forcément à la pluie mais pas que…
D’où l’importance de savoir décrypter un METAR. On y reviendra dans un prochain article. Mais, certains protocoles, imposent une certaine visibilité horizontale. Notamment dans une CTR militaire ou à proximité d’une hélistation.
Voyons ensemble l’influence de la météo sur nos prestations.
Ce qui influence nos vols :
🌬️ Le vent : l’ennemi silencieux
La réglementation européenne (EASA) fixe des limites, mais en pratique, au-delà de 30 à 35 km/h de vent soutenu, la stabilité du drone se dégrade, et la sécurité n’est plus garantie.
Il faut également connaitre sa machine et ses limites. Pour cela, pas de secret, il faut lire son manuel d’utilisation. Chaque drone possède ses propres caractéristiques. Les rafales sont encore plus traîtresses que le vent moyen : un drone peut être déporté en une fraction de seconde.
En milieu urbain ou à proximité d’obstacles (bâtiments, grues, arbres), les effets de masque créent des turbulences imprévisibles, même par vent faible apparent. On vous fera bientôt un article sur l’aérologie ! Avec des petits schémas et tout ça. (Si cela vous intéresse bien sûr !).

🌧️ La pluie : zéro tolérance (ou presque)
La grande majorité des drones professionnels ne sont pas étanches. en effet, une humidité excessive — même sans pluie franche — peut provoquer des court-circuits sur les cartes électroniques, des condensations dans les optiques, et une dégradation rapide des moteurs.
Quelques drones haut de gamme affichent une certification IP43 ou IP45, mais cela ne les autorise qu’à voler sous bruine légère — certainement pas sous un Glav’Bras breton.
Il y eu, un certain temps, le splash qui pouvait même amerrir. IP 67, mais avec une caméra 720 p !!
🌫️ Le brouillard, la brume et les nuages bas.

Passerelle piéton à Sable/Sarthe.
Ce n’est pas un conte de La Fontaine, mais presque.
Pour une mission photo ou vidéo, un plafond nuageux trop bas annule purement et simplement l’intérêt de la mission. Pas de lumière, pas de contraste, images plates. La réglementation impose aussi de maintenir le drone en vue directe du pilote, mais pas seulement. Il faut que les autres usagers de l’espace aérien puissent nous voir également.
Je suis d’accord avec vous: Cela fait de magnifiques images. Mais, un brouillard dense interdit de facto tout vol.
⚡ L’électricité statique et les orages
Un orage à moins de 30 km, c’est mission annulée sans discussion. L’électricité statique peut perturber les compas, les capteurs, voire provoquer une perte de contrôle totale. La foudre, elle, ne prévient pas.
🌡️ Le froid et la chaleur
En dessous de 0°C, les batteries LiPo perdent jusqu’à 30 à 40 % de leur capacité. Un drone prévu pour 25 minutes de vol peut tomber à 15 minutes. Le froid doit être anticipé : batteries réchauffées avant décollage, temps de vol réduit, surveillance de la tension.
À l’inverse, une forte chaleur (au-dessus de 35°C) peut surchauffer les moteurs et les ESC. En été, on privilégie les vols en début de matinée.
Voler entre les gouttes : l’art de la planification météo
Je ne peux me réclamer comme étant un spécialiste de la météo. Mais ce facteur est tellement déterminant que forcément à force, on développe des aptitudes et on apprend à utiliser des outils.
Un pilote de drone professionnel consulte plusieurs sources météo avant chaque mission. Voici donc, La boîte à outils :
🎯 Outils spécialisés drone
UAV Forecast — La référence pour les pilotes de drone. Affiche en un coup d’œil les conditions de vol : vitesse du vent à différentes altitudes, indice de visibilité, niveau d’activité solaire (qui perturbe le GPS), et un verdict clair “Bon à voler / Déconseillé”. Disponible en application mobile, pratique sur le terrain. Hélas, c’est devenu payant. Mais fort utile.
Windy.com — Visualisation des flux de vent en altitude sous forme de carte animée. Idéal pour anticiper les rafales et comprendre les mouvements de masse d’air. Le mode “Drone” permet d’afficher les données entre 0 et 150 m — Donc, 30 mètres de hauteur supplémentaires à notre zone de travail.
Météo Radar – Météo France ou RainViewer — Pour suivre les précipitations en temps réel et voir arriver une averse avant qu’elle ne soit là. En Bretagne, c’est particulièrement utile : une fenêtre de 30 minutes peut suffire pour boucler une mission entre deux fronts.
🗺️ Pour les prévisions générales
Météo France — Pour les prévisions à J+3/J+5 et les alertes officielles
Météoblue — Modèles haute résolution à l’échelle locale, très fiables pour planifier à 48h
Ventusky — Alternative à Windy, avec une interface très lisible pour les non-spécialistes
📱 Le protocole avant chaque mission
–> Vérification J-1 sur UAV Forecast- Il vous permet également de vérifier l’indice KP. (Voir notre article à ce sujet).
–> Confirmation le matin sur Windy et radar précipitations
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Et parfois, simplement… la fenêtre. Parce que le ciel breton change d’avis toutes les 20 minutes.
Et la règle tacite : mieux vaut reporter une mission que de la forcer. Une image ratée ou un drone endommagé coûte bien plus cher qu’un jour de décalage.
Ces dernières semaines, on a donc dansé entre les gouttes.
Alors oui, mes bottes ne sont plus étanches — j’ai investi ce matin dans de magnifiques bottes coquées en caoutchouc. Oui, mes pieds sont (presque) palmés, et j’envisage de postuler pour les J.O. de 2028 pour défier Léon Marchand.
Mais être Breton, c’est également avoir appris très tôt que la pluie n’est pas un obstacle. Comme les marées, c’est un paramètre.
Alors, on a dansé entre les gouttes et volé entre les bourrasques pour réaliser des images.
📍 Sablé-sur-Sarthe — Pose d’une passerelle piéton pour Bouygues Travaux Publics Régions France
📍 Vannes — Suivi de chantier du château de l’Hermine pour la Mairie de Vannes
📍 Nantes — Mise en valeur de travaux de toitures pour Axima EQUANS
📍 Petit Mars — Suivi de chantier pour la Communauté de Communes Erdre & Gesvres
📍 Et quelques formations et remises à niveau
Promis, au prochain article, il y aura des images avec un ciel bleu. J’espère…
Vous avez un projet de suivi de chantier, d’inspection ou de prise de vue aérienne ? Parlons-en — même sous la pluie, on trouve toujours une fenêtre météo.




